lundi 16 juin 2014

La grève déraille


Ainsi twittait ce lundi matin Jean-Michel Aphatie, glorieux héraut du bon sens populaire, et docte professeur du principe médiatique qui veut qu’on consacre toute son énergie à chiffrer les perturbations d’une grève plutôt qu’à en déchiffrer les causes. « Incompréhensible », quand même, dont Le Larousse nous rappelle qu'il désigne quelque chose qu’il est impossible ou très difficile de comprendre, à quoi on ne trouve pas d’explication, dont on ne décèle pas les mobiles. « Incompréhensible », un mot qui vous range immédiatement dans les rangs des phénomènes psychotiques ou paranormaux, dans la même rubrique que la tuerie de Columbine, les films de David Lynch ou le succès de Tal. Un truc obscur, un peu louche et qu'il est vain d'éclaircir.

Et pourtant, Jean-Michel Aphatie (ou toi, là-bas, qui pense la même chose que lui en remplaçant peut-être les kilomètres de bouchons par les minutes d’attente sur un quai de gare), si je ne peux pas me prononcer sur Lynch, Tal ou Columbine, je t’assure que comprendre les motifs et enjeux de la grève des cheminots est accessible au plus grand nombre. Ce n’est pas nécessairement simple, c’est vrai, ça ne tient pas forcément en 140 caractères, ça nécessite de se renseigner, et de se pencher sur des enjeux qui ne nous sont pas immédiats, mais quelques esprits facétieux pourraient rappeler que restituer la complexité au plus grand nombre, à « beaucoup », c’est justement le rôle des journalistes, profession que Jean-Michel Aphatie exerçait, il me semble,  jusqu'à sa reconversion en statisticien du trafic routier francilien.

Montrons-nous compréhensifs devant l'harassant labeur que représente la vérification comptable (deux fois plus, seulement ?) - car la déontologie l'exige - de la distance de bouchons annoncée ce matin, et profitons de la grosse quinzaine d'heure que représente celle-ci pour un marathonien comme Jean-Mimi pour lui mâcher le boulot et répondre à cette incompréhension qui, n'en doutons pas, le meurtrit.

De quoi on parle ?

Les syndicats CGT et Sud-Rail  (qui représentent plus de la moitié des salariés de la SNCF) ont appelés le 10/06, et elle est reconduite chaque jour depuis lors. 

La grève dure donc depuis 5 jours, un quart de mois et - précisons-le à l'attention de Guillaume Pépy et son équipe de communicants qui répètent à tour de bras que la baisse régulière du nombre de grévistes est le signe de son caractère minoritaire - un quart de mois sans salaire, ce qui en général se fait sentir dans vos finances quand vous n'êtes pas assez brillants pour vous négocier des stock-options.

Les grévistes protestent contre le projet de loi de réforme du système ferroviaire (clique et lis, Jean-Michel), proposé par le gouvernement et en examen prochain (mardi) à l’Assemblée Nationale, qui prévoit en particulier la « réunification » des entités SNCF (qui transporte) et RFF (Reseaux Ferrés de France, qui gère l’infrastructure) séparées depuis 1997.

Le contexte serait incomplet si l'on ne précisait pas - c'est souvent tellement évident qu'on oublie de nous le signaler - que cette réforme est chaleureusement soutenue par la direction de la SNCF (en plus du gouvernement), qui aura donc tout avantage à décrédibiliser les revendications des  grévistes pour s'éviter de pénibles négociations d'autant plus inutiles qu'on sait tous que les avis des salariés ne sont pas de ceux dont il convient de tenir compte quand on dirige une entreprise.

On concluera en signalant que la réponse du gouvernement et de la direction de la SNCF à la grève est, jusqu'ici et en se débarrassant du vernis de politesse dont on apprend souvent à enrober les pires grossièretés quand on est haut-fonctionnaire  : allez vous faire foutre, vous vous fatiguerez avant nous.

Raté.

Mais pourquoi la grève ?

Les syndicats s’opposent à la réforme pour plusieurs raisons, détaillées et rédigées ici (par exemple, mais il y  a des centaines d'articles du Figaro à l'Huma qui reviennent dessus), dans un langage au moins aussi compréhensible que la moyenne des interviews ministérielles récentes (sur RTL, par exemple).

En gros, on peut signaler deux problèmes (je simplifie outrageusement, votre temps et mon niveau de compréhension des enjeux détaillés sont limités):

#1 : Une réunification en forme d'usine à gaz (à trois on pète ton EPIC de France)

La réforme prévoit la réunion des deux entités (SNCF et RFF) actuellement disjointes. Les syndicats, eux, souhaitent la réunification des deux entités actuellement disjointes.  MAIS ILS SONT CONS LES SYNDICATS, me diras-tu en écho à Jean-Michel Aphatie qui n’aime rien tant qu’à prendre en défaut ces parasites de syndicalistes qui ne pensent qu’à sacrifier des journées de salaire pour chanter des chansons et manger des merguez dans les rues de nos jolies villes (en général loin d'RTL).

Plus sérieusement, la réforme prévoit de réunir SNCF et RFF sous l’égide d’une troisième entité, un EPIC (Etablissement Public à caractère Industriel et Commercial) mère, qui chaperonnerait ses deux EPIC filles SNCF Mobilité (la SNCF) et SNCF Réseaux (RFF). C’est joli, ça sonne familial (même si cette histoire de mère célibataire pourrait froisser la Manif pour Tous), et surtout ça ressemble pour les syndicats à une usine à gaz administrative (trois EPIC = trois entités juridiques, trois comités de direction, trois entreprises...différentes) qui permettra de diluer et de diviser l'influence syndicale (= le pouvoir des salariés, rappelons-le au kazoo à défaut de clarinette), voire de remettre en question le statut de cheminot qu'ils défendent bec et ongles.

#2 : Une gestion floue (donc inquiétante) de la dette

L'un des principaux problèmes auquel est censé remédier cette réforme est celui de la dette des entités SNCF et RFF, qui est abyssale depuis les lourds investissements consentis pour mettre en place des TGV un peu partout. Cette dette, qu'on appelle "dette" parce que c'est devenu vilain de dépenser des sous pour les services publics, mais qu'on appelle parfois "allègement de charges" ou "fonds de soutien aux banques" quand il s'agit de filer du pognon aux gens qui le méritent (parce qu'ils en ont), doit être remboursée et pour ça, il faut faire des économies. C'est en gros ce que dit le projet de loi. Oui, c'est tout, des gens très brillants se réunissent pour écrire des lois qui expliquent que pour rembourser une dette, il faut moins dépenser. Au moins ça, Jean-Michel Aphatie comprend, surtout que c'est pas ses sous.

Et parce que c'est très flou, les syndicats soupçonnent que le principe de "faire des économies" se réalisera essentiellement aux dépens des cheminots ET DES USAGERS (donc toi, sur ton quai de gare), faisant progressivement de la SNCF une entreprise "comme les autres", et des cheminots des salariés précaires "comme les autres",  prêts à accueillir les bras ouverts (s'ils ne les ont pas vendus pour payer leur loyer) en 2019 une concurrence "libre et non faussée" chère à Bruxelles.

Ces deux principales revendications/inquiétudes, auxquelles s'ajoutent quelques autres, sont celles de salariés inquiets de l'avenir de leur (leur, autant que celle de Guillaume Pépy) entreprise, inquiets de sa stratégie à moyen terme , et elles sont respectables. Et compréhensibles. Et légitimes. Même quand on estime la réforme gouvernementale juste et pertinente (ma religion n'est pas faite sur ce sujet), on ne peut pas se satisfaire du mépris adressé aux revendications de ceux qu'elle touche en premier lieu.

En premier lieu seulement, parce que ces revendications visent aussi, on l'oublie, à défendre le rôle de service public du train en France, et à questionner la stratégie à long-terme de nos décideurs sur des sujets qui nous concernent : l'écologie (quid du frêt pour avoir moins de camion sur les routes ?), l'aménagement du territoire (que deviendront les petites gares de province quand la SNCF sera une entreprise régie par la rentabilité ?),...

On peut donc répéter que la grève est absurde,  on peut se contenter d'une "information" qui consiste à interroger des mécontents "pris en otage" et des experts prompts à caricaturer les grévistes en égoïstes défenseurs de "privilèges" bien moindres que les leurs. On peut se laisser bercer par les marchands de sable qui nous chantonnent que c'est trop compliqué, pardon, "incompréhensible", pour nous.

On peut aussi se faire un avis avant de hurler avec les loups.
(et vous ferez pareil pour les intermittents, vous serez sympas)

vendredi 3 mai 2013

05/05

C'est un aveu qui me coûte, de ceux qu'on ne fait qu'allongé bien au chaud dans la confidentialité et le divan de cuir d'un psychothérapeute, mais je crois que je n'aime plus Jean-Luc Mélenchon.

Non qu'il s'agisse d'une rupture brutale, d'une crise conjugale finissant dans le sang et les débris, prends tes affaires et dégage je ne veux plus jamais te voir tu me dégoûtes, je suis globalement inapte aux psychodrames passionnels. C'est venu doucement, paisiblement, comme une fleur qui s'étiole et qu'on trouve moins belle. 

Parce qu'il était beau, Jean-Luc, avec ses harangues et ses poings serrés, et les tartes aux journalistes idiots qu'il distribuait avec cette vigueur infinie des prophètes habités par la mission divine (où Dieu serait Fidel Castro et l'Eden un goulag, je remercie Jean Quatremer de l'avoir précisé). Il était digne aussi, arc-bouté sur son discours rageur, sur ses indignations de fond ravalées au rang d'amusantes vociférations par un système qui ne veut pas les entendre, habité de cette énergie perpétuelle qu'il opposait à l'indifférence, à la résignation, à la bêtise. C'était l'époque où l'on voyait le courage avant la cravate.

Et puis progressivement ça lui a plu, cette posture d'indigné brutal, de tribun éclatant dont on retient les formules et plus tellement les idées, et qu'on invite pour divertir la ménagère entre deux tournées promotionnelles d'un comique à la mode, d'un acteur à la mode, qui lui taperont dans le dos pour mieux le salir, pour le rendre comme eux, con, satisfait, creux. Bien sûr il dit que c'est voulu, que c'est une stratégie, mais je ne suis pas dupe, Jean-Luc, je vois bien que t'es pas plus fort que le système, que t'es pas suffisamment costaud tout seul pour résister à cette machine à broyer le discours pour en faire de la purée communicante, de la novlangue lobotomisante, à cette machine à transformer la passion en orgueil et la conviction en fatuité. 

Alors je ne t'aime plus, plus vraiment, j'en ai marre de te défendre contre toi-même et de justifier tes conneries pour sauver le fond de ta pensée auprès des gens qui doutent de toi. Je ne te pardonne plus tout, et la distance critique rend l'amour insincère. 

Du coup, maintenant je t'écoute avant de te croire, et je pense avant d'être d'accord. Mais ça ne m'empêche pas de penser souvent comme toi. et comme je ne suis plus prisonnier de ta défense systématique, c'est   d'autant plus facile d'entendre l'homme politique en laissant de côté le trublion. 

Et pendant que le trublion sortait son balai, l'homme politique a appelé il y a quelques semaines à un rassemblement le 5 mai, à "une marche citoyenne pour une VIème République et contre l'austérité". Bon, je t'avoue que je m'en fous un peu de ta Sixième République, de tes appels à l'Histoire et de tes majuscules. Plus exactement je pense que c'est trop tôt, et pas le moment pour discuter d'institutions, et que ta volonté de ré-impliquer le quidam dans le jeu politique n'a aucune chance de passer par le sanibroyeur des médias mainstream sans être transformée en machin politicien qu'il n'entendra pas. On en appelle aux citoyens quand on a nourri les hommes et femmes qu'ils sont, tu prends la pyramide de Maslow à l'envers.

Contre l'austérité, par contre, et plus généralement contre cette politique du renoncement, de l'invocation perpétuelle de règles économiques qui seraient immuables et indiscutables, les entreprises font la croissance, la fiscalité est un poids, la flexibilité c'est indispensable, contre le tapis rouge déroulé à la doxa néo-libérale qu'on applique sans nuance depuis quinze ans sans jamais s'interroger sur son bien-fondé, là je veux bien marcher. Et pour qu'on ne me reproche pas de marcher contre, et d'être dans la contestation, je vais marcher pour la sauvegarde des services publics, pour la taxation des pigeons millionnaires qui voudraient qu'on finance les études de leurs enfants avec l'argent des autres, pour un SMIC européen qui empêchera ce dumping salarial intra-UE qu'on ne gagnera jamais face à la Chine, au Bangladesh et à leurs usines mortifères, pour les 35h, voire les 32, voire les 25h de travail hebdomadaire puisqu'il y a 5 millions de chômeurs et cent fois plus d'heures supplémentaires payées chaque année, pour le droit du travail, pour qu'on laisse tranquille les sans-papiers, les musulmans, les homosexuels, que ceux qui vivent en France y restent parce qu'on y est bien et pas parce que les impôts y sont moindres ou qu'ils ont échappé à la police des frontières.

J'irai marcher malgré ton mot d'ordre confus, malgré ton "coup de balai" un peu con, parce que je crois qu'on croie aux mêmes choses, et qu'on dénonce les mêmes solutions que ce gouvernement applique à l'identique du précédent passés les beaux discours et les symboles sociétaux. Et je marcherai d'autant plus quand je vois ces tartuffes de socialistes tortiller du cul devant ton "coup de balai" et expliquer la bouche en cul (oui ça fait beaucoup de culs) de poule qu'ils ne viendront pas parce qu'ils sont d'accord avec le fond mais pas avec la forme. Pardonnez-moi monsieur Jean Moulin, on voudrait bien vous aider à résister mais on aime pas trop comment vous parlez aux allemands, et je godwin pour ne pas faire plus brutal.

Ça fait vingt ans qu'ils barbotent dans un parti qui fait l'inverse de ce qu'ils disent, de ce qu'ils pensent, et ils se réfugient derrière des pudeurs de jeunes filles pour sauver les apparences, un fauteuil, ou je ne sais quoi. Je ne vous comprends pas, socialistes  Emmanuel Maurel, Jérome Guedj, Gérard Filoche, vous avez un cerveau et des tripes avant une carte de parti, me semble-t-il, et si vous changiez les choses de l'intérieur ça se saurait, votre aile gauche ne bat pas plus que celle d'un papillon. Et on n'a plus le temps d'attendre la tornade.

J'irai marcher, et il fera moche, et on sera douze, mais nous on aura la conscience tranquille.

vendredi 19 avril 2013

Civis pacem, para bellum

"21 avril. C'est donc la date qu'ils ont choisi pour leur prochain défilé, et c'est peu dire que le symbole leur va bien." 

Voilà comment, l’œil vitreux et le sourcil froncé comme le printemps, je commençais cet article véhément (voire furibond (voire véner, disons-le)) et puis je me suis dit qu'en guise de premier bourgeon pour la renaissance (printanière) de ce blog, il y avait moins laid qu'une énième dénonciation des (Béatrice) bourges du Printemps Français.
(c'est bon t'as compris l'analogie printemps/Printemps, ou t'as trouvé ça lourd ?)


Mais je me rends compte que sur le sujet je suis sec. Je voudrais bien défendre le droit des homosexuels à vivre comme ils l'entendent, y compris et s'ils y tiennent en passant six mois de leur vie à stresser sur le plan de table et la température des huîtres pour le buffet-d'après-la-Mairie, mais il parait qu'il ne s'agit pas de ça. Qu'il s'agit de la Famille, qu'il s'agit des Valeurs, et de la Civilisation, et ça c'est quand même des grands mots devant lesquels on ne prend pas la parole à tort et à travers, comme ça, à la pause déjeuner. Pourtant moi aussi j'aime bien les grands mots, je leur colle des majuscules plus souvent qu'à mon tour, la Justice, la Morale, la République, mais la Civilisation, voilà, ça m'intimide. Ça contient tout, la Civilisation. La Religion ? Ouais. L'Histoire ? Pareil. La Science ? Toutes les sciences ? Ouais. La podologie ? La toxicologie ? La numérologie, l'astrologie, la démagogie ? Ouais. Le foie gras et les chips, les LEGO, Radiohead, les bi-bops, le SIDA, la Joconde, les liftings, le foot, les hélicoptères, la file d'attente, les Lolcats, cherche pas, tout ça c'est de la Civilisation. Alors quand des gens sont prêts à affronter avec des poussettes et des costumes chelous les SS et leurs bombes de Zyklon B pour la défendre, faut pas dire n'importe quoi, faut respecter.

Faut les respecter, ces jeunes, ces familles, ces vieux, qui ont toujours rêvé d'être des révoltés, des insurgés, des révolutionnaires, de ceux qui foulent au pied les dogmes bien-pensants et les pavés qui recouvrent la plage, de ceux qui montent sur les barricades le sein et les cheveux au vent pour clamer qu'Ils Ne Passeront Pas, tous ces communards en puissance qui rongeaient leur frein et trompaient leur destin contrarié en jouant avec les oxymores (j'aurais voulu mentionner l'inénarrable site www.lesrevolutionnaires.fr lancé par les Jeunes Pop' à l'époque mais le nom de domaine a semble-t-il et avec un génial à-propos été repris par un marchand de...chaussures. Des ballerines, peut-être.), des lipdubs hippies et des chansons de Michel Sardou, voilà qu'enfin on leur donne l'occasion de vivre sans procuration ces épopées libertaires qu'ils lorgnaient avec envie en 68, peut-être en 2002, ces foules denses et révoltées, joyeuses et déterminées, qui chantent, qui rient, qui s'embrassent et parfois même avant le mariage, l'occasion de se sentir actifs, bouillonnants, vivants, ce qui s'apprécie doublement quand on reçoit deux fois par semaines dans sa villa de Neuilly des prospectus de conventions obsèques.

Bref, les jeunes qui écoutent Tryo en fumant des pétards se sont sentis revivre avec "Indignez-vous", c'est au tour de la vieille France de se voir pousser des ailes à coups d'éditos du Point. On peut, avec le soutien de cette jolie "charité chrétienne" que les bigots oublient plus souvent qu'à leur tour, s'émouvoir en observant ces hommes et femmes, perpétuellement du côté du manche, se donner des coups de pelle de leur propre appareil répressif (moral - les médias, et physique - les CRS) pour se sentir exister. Il faut voir ces députés UMP qui ont toujours voté la police contre la rue, les élites contre le peuple, faire le coup de poing a l'assemblée nationale comme s'ils défendaient rien moins que le sens de leur vie. Il faut entendre les points Godwin, les "assassinats d'enfants", la dénonciation d'une violence d'Etat, d'une dictature, chez ceux qui il y a 50 ans pestaient contre "la chienlit". Le creux s'habille d'outrances pour mieux se dissimuler, et nous n'avons jamais vu un tel abîme.

Mais après la pitié l'émotion, la crainte. Parce qu'on peut légitimement s'effrayer de la violence, essentiellement verbale pour l'instant, mais c'est toujours comme ça que ça commence, dont ils font preuve dès lors qu'on ne brosse pas leurs intuitions dans le sens du poil, dès lors qu'on touche à leur confort moral, pardon, leurs valeurs. Et mesurer ce qu'il faudra de volonté et de souffle pour les convaincre qu'il est moins grave que deux hommes convolent plutôt, excuse my french, que quelques centaines de milliardaires enculent l'humanité.

Mais enfin l'été approche, le soleil brille, glissons si vous le voulez bien et avec volupté du bon côté des choses. L'optimisme voudrait qu'ils se lassent, d'abord parce que le sujet reste trivial quoi qu'ils en disent, et qu'entrer dans la Résistance contre un Mariage, fut-il Pour Tous, c'est le meilleur moyen d'entrer en fanfare dans la postérité des ridicules. On peut aussi espérer que s'impose à eux l'évidence, celle qui sapera leur combat et qui aurait dû même le saper dès ses prémices : les homosexuels existent, ils sont partout, peut être même dans l'enfant (c'est une figure de style) en poussette qu'ils traînent à la #ManifPourTous pour grossir les statistiques. Et que comme pour les femmes et les noirs avant eux l'Histoire aplanira ces conneries, parce que la tolérance et la paix sont, bien avant la famille hétéro-parentale, les conditions de la Civilisation avec un grand C et un petit sourire moqueur à l'encontre des excitations passagères.

mardi 16 avril 2013

Le vide

FLASH INFO SPECIAL - BOSTON, ATTENTATS - USA

Le présentateur : Bonsoir, priorité à l'information ce soir sur notre antenne, suite aux événements de Boston où la confusion règne, et nous sommes avec notre envoyée spéciale sur les lieux, Laurence Haïm, bonjour Laurence, vous êtes sur place, sur la ligne d'arrivée, que se passe-t-il que pouvons nous dire de la situation ?

L'envoyée spéciale : Bonjour François, bonjour à tous, ici à Boston la confusion règne, beaucoup de tension, les gens courent, les visages sont marqués, et, oh, extraordinaire, le Kenyan s'extrait du groupe de tête avec une accélération prodigieuse, quel effort magnifique, c'est incroyable.

Le présentateur : Laurence, Laurence, mais à part ça, à part le marathon, car nous rappelons les événements, des bombes, combien on ne sait pas, ont explosé sur la ligne d'arrivée du marathon de Boston, c'est la panique la confusion règne.

L'envoyée spéciale : Écoutez François c'est une ambiance extraordinaire ici, on sent encore la fumée des explosions, c'est le chaos même si la police s'est rapidement déployé sur les lieux et que beaucoup de gens ici aident du mieux qu'ils peuvent. Je suis d'ailleurs avec Philippe, bonjour Philippe, vous tenez un restaurant tout près d'ici, pouvez vous nous raconter ce que vous avez vécu, en direct, pour nos téléspectateurs ?

Le témoin : Heu, bonjour, alors voilà moi je n'étais pas encore là quand les explosions ont eu lieu, j'étais dans ma voiture, mais j'ai tout de suite entendu à la radio les événements, et quand je suis arrivé je me suis rendu compte que la confusion régnait, beaucoup de gens couraient, et cette odeur de fumée qui piquait les yeux c'est terrible.

Le présentateur : Merci Philippe, merci pour votre émotion, et selon vous qu'en pensent les américains que vous côtoyez tous les jours ici, en direct de Boston ?

Le témoin : Ben, nous n'avons pas eu le temps d'en parler, mais c'est sûr que la confusion règne, les États Unis sont un beau pays et c'est triste de voir ça, surtout un jour de marathon, c'est sûr, et puis ça rappelle le 11 septembre.

Le présentateur : Effectivement, on fait tous, je pense, le parallèle avec les terribles évènements du 11 septembre, merci Philippe, priorité au direct, Laurence, vous êtes au cœur de l'événement, vous nous dites tout sur ces explosions qui ont secoué le marathon de Boston.

L'envoyée spéciale : Oui François, oui, alors vous savez évidemment nous attendons plus d'éléments de la part des officiels, de la poli- J'APPRENDS A L'INSTANT, pardon, que le porte parole de la police fera une intervention dans les prochaines minutes - 

Le présentateur : Merci Laurence vous nous tenez au courant bien sûr en direct de Boston retour au plateau bonjour messieurs, nous sommes avec Alain Bauer, spécialiste du terrorisme international, et Laurent Wauquiez, député de Haute-Loire, voilà, bonjour à tous les deux alors bien sûr, nous sommes tous secoués par ces événements dramatiques mais que pouvons nous en dire, Alain ?

L'expert : Bonjour François, bonjour aux téléspectateurs, alors je crois qu'il faut rester très prudent, nous ne savons pas encore qui pourrait revendiquer cet attentat, nous n'avons pas d'éléments qui nous permettraient de nous orienter vers une piste plutôt qu'une autre, peut être, on pense bien sûr aux musulmans salafistes, forcément avec l'engagement des États Unis pour la démocratie en Afghanistan et les évènements en Syrie, au Moyen-Orient, mais nous sommes à l'heure actuelle dans le flou et bien sûr il faut rester prudent tant que nous n'avons pas davantage d'information en provenance des autorités, on ne peut bien sûr écarter aucune piste.

Le présentateur : Laurent, vous êtes un grand amateur de hamburgers, qu'est ce qu'un expert des États Unis comme vous pense de tout ça ?

Le politique : Merci. Je souhaiterais tout d'abord exprimer mes plus vives condoléances pour les victimes, ce que nous vivons est un drame qui nous touche tous au plus profond de nos âmes et nous sommes tous des américains ce soir.

Le présentateur : Merci Laurent, je le rappelle, des bombes ont explosé sur la ligne d'arrivée du Marathon de Boston, et il y en aurait peut être d'autres, nous n'avons pas encore tous les éléments, il pourrait s'agir d'un attentat du moins c'est ce qu'il semblerait, Laurent, que peut-on retirer de ces premières informations ?

Le politique : Alors évidemment il faut je crois condamner fermement ces actes terroristes, les États Unis sont un pays de liberté et le marathon est une épreuve très difficile, c'est inhumain et barbare de s'y attaquer et bien sûr nos amis américains peuvent compter sur notre soutien indéfectible car dans la douleur il n'y a plus de frontières nous sommes tous solidaires et nous défendrons fermement nos amis américains contre leurs ennemis. Je réclame d'ailleurs au Gouvernement un débat qui me semble fondamental sur la sécurité des épreuves sportives, ainsi que la démission du Premier-Ministre.

Le présentateur : Pardon Laurent, en direct de Boston, Laurence, retour au direct, Laurence vous avez pu assisté à l'instant en direct a l'allocution du porte parole de la police de Boston, Laurence que pouvez-vous nous dire, priorité au direct ?

L'envoyée spéciale : Bonjour alors effectivement François le porte-parole de la police de Boston vient de terminer son allocution qu'il tenait depuis un podium en bois installé face a la mairie à deux pas d'ici et bien sûr le ton était grave et déterminé.

Le présentateur : Merci Laurence, et en savons nous plus sur les événements ?

L'envoyée spéciale : Écoutez Philippe, et je vous retranscris fidèlement les déclarations du porte-parole de la police, il est trop tôt pour tirer quelque conclusion que ce soit de la situation, mais la police travaille activement à éclaircir la situation. Nous avons appris qu'il pourrait y avoir eu plusieurs bombes, dont certaines auraient été désamorcées par la police, à moins qu'il ne s'agisse de l'armée ou d'un canular, nous attendons plus d'informations, mais le porte-parole de la police de Boston nous a annoncé qu'il communiquerait très prochainement sur le sujet, je vous tiens bien sûr au courant dès que j'apprends quelque chose.

Le présentateur : Merci Laurence, on reste avec vous, je le rappelle, en direct de Boston, où, je vous le rappelle, nous venons d'apprendre que la police travaille et que nous en saurons plus très prochainement,  notre chaine se mobilise pour vous informer au plus près des évènements terribles qui viennent d'avoir lieu, je le rappelle, à Boston, en compagnie d'Alain Bauer et Laurent Wauquiez, sur notre tableau, priorité a l'info, en direct, une page de publicité et nous revenons avec nos invités pour débattre des événements terribles qui ont eu lieu à Boston, merci, a tout de suite.

lundi 2 janvier 2012

[Medias] Du débat fructueux sans arguments.

Vous est-il déjà arrivé, au détour d'une discussion avec un tiers suffisamment courageux pour n'être pas de votre avis, de ne pas savoir quoi répondre ? De mobiliser tous vos neurones, toutes vos lectures, tous vos éditoriaux de Christophe Barbier, et pourtant de rester sec, muet, humilié ?

C'est un sentiment terrible que de devoir dire à cet autre, honni comme tout contradicteur, que oui, c'est vrai, finalement il a peut-être raison.

Heureusement l'Homo Sapiens, qui fonde sa survie depuis son premier coup de silex sur la gueule de Neanderthal sur une domination sans nuance du voisin plus faible ou plus scrupuleux, et qui n'est jamais sans ressource face à la difficulté, a conçu un outil redoutable pour s'éviter de tels affres : l'attaque ad hominem.

L'attaque ad hominem, c'est le cheat code du débat, la pierre philosophale des discussions entre amis, bref, c'est cool. Mais illustrons, surtout si tu n'es pas, comme moi, fluent en latin.

Exemple 1: illustration

Contexte : Pierre et Priscilla forment un couple heureux et équilibré, mais Pierre a envie de finir son niveau d'Uncharted.

Priscilla : Excuse moi, est-ce que tu pourrais descendre la poubelle ?
Pierre, distrait : Je peux pas, je joue à la console.
Priscilla, agacée : Certes, mais moi j'ai les mains dégueulasses je nettoie le four, alors que toi il te suffit de mettre sur pause.
Pierre, serein : Oui, mais toi t'es moche
STOP. Bien joué, Pierre.

L'attaque ad hominem ne requiert aucun argument, aucune réelle justification, son seul objectif est d'avoir le dernier mot, en laissant l'autre sans meilleur recours qu'une protestation scandalisée qui permettra de s'éloigner du sujet de cette discussion mal embarquée. Priscilla pleure, Priscilla s'indigne, Priscilla vous jette l'éponge crasseuse à la figure, mais elle ne vous parle plus de la poubelle, et c'était l'objectif.

Exemple 2 : mise en situation

Contexte : vous discutez avec un ami, juriste, de la crise qui agite l'Union Européenne, et en particulier de la mise sous tutelle plus ou moins avouée de la Grèce par le Fond Européen de stabilité financière (FESF) suite à la volonté exprimée par le premier ministre grec de lancer une consultation populaire.
(NB : première erreur, ne jamais discuter avec un ami juriste, mais bon, des fois c'est trop tard, on est parti)

Vous arguez, convaincu, que le problème premier de cette Europe confisquée par les conservateurs énervés et les sociaux-démocrates mous du flan, c'est qu'elle simule la démocratie tout en confiant ses rênes à une élite, et qu'il s'agit ici d'un exemple flagrant de négation de souveraineté : le couple franco-allemand (le fameux Merkozy) admoneste la Grèce et lui conteste le droit à un referendum sur le plan de sauvetage, au nom d'une Europe qui n'est même pas consultée par le dit couple.
L'ami juriste vous répond alors que c'est normal, parce que le fond de stabilité n'est pas sous l'égide de la comission européenne, mais sous celle de ses bailleurs, dont les principaux sont la France et l'Allemagne.

Que répondez-vous ?

1 - Bon, tu dois avoir raison, mon exemple n'est pas bon. [Humble, honnête, mais vaincu. Loser.]
2 - Ouais mais attends, l'Albanie a aussi mis 7euros dans le fond de stabilité, et elle n'a pas été consultée, c'est intolérable ça, non ? [Bref, vous cherchez une digne porte de sortie, mais vous récoltez un sourire narquois. Enervant.]
3 - Mouais, de toute façon t'es de droite, tu mets l'argent avant tout le reste. [BIM]

Je vous vois d'ici faire la fine bouche devant ce procédé certes efficace, mais indigne d'un esprit droit. Vous avez tort, même les plus grandes sommités y ont recours, et c'est d'ailleurs à cela que je voulais en venir.

Prenons deux journalistes, professionnels reconnus et acclamés, émargeant dans les plus grands médias : Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles, expert ès UE; et Jean-Michel Apathie, interviouveur des plus grands sur RTL, et editorialiste au Grand Journal de Canal+. JQ, et JMA, qui me pardonneront je l'espère de les reduire à leurs initiales pour économiser du pixel, sont deux blogueurs émérites sur les sites de leurs médias respectifs.

Récemment, JQ a publié une note intitulée "Emmanuel Todd, « Audiard d’or » 2011", reprise avec gourmandise par JMA dans une note intitulée quant à elle "Hauteurs béantes" (car JMA est un littéraire qui sait manier l'oxymore) .

Je te l'accorde, ces titres sont sybillins. "Comparer quelqu'un à Audiard, c'est plutôt un compliment non ?", me diras-tu, candide. C'est vrai. Mais c'est plus alambiqué que ça : pour JQ, Audiard est surtout l'auteur du bon mot "les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît.", et c'est à ça qu'il fait référence. Il faut donc comprendre que le "Audiard d'or 2011", c'est "le con qui ose tout 2011".

Note technique : si toi aussi tu veux traiter ton collègue de trou du cul mais que tu n'assumes pas complètement, utilise le même artifice et décerne lui le Rimbaud et Verlaine d'or, c'est plus discret.

Bref, JQ n'assume pas trop, mais comme tu as désormais l'oeil exercé, je pense que tu as reconnu le procédé.

En effet, Emmanuel Todd a osé formuler, il y a un an, la gargantuesque mongolerie que voilà : "Je serais très étonné que l’euro, dans sa forme actuelle, survive à l’année 2011". Affligeant, hein ? La honte quoi, si j'étais lui je me serai déjà pendu ou abonné au Point.

Et si comme JQ tu es un redresseur de tort qui croit à la justice et au mérite, tu ne peux que te sentir investi d'une mission devant cet abysse de bêtise et de fatuité. Alors tu te lèves, la bouche pâteuse et la mine froissée par le champagne du réveillon (le billet est publié le premier janvier à 8h33. Du matin, oui), te trainer jusqu'à ton ordinateur pour publier sur les internets la note fielleuse que tu tenais prête depuis des mois, des mois à attendre impatiemment le prétexte pour le moucher, ce cuistre.

Bien sûr, personne n'est dupe. La phrase d'Emmanuel Todd, pour fausse qu'elle soit, n'est pas une connerie : en plus de la précaution oratoire du conditionnel, imaginer, il y a un an, que l'Euro serait en grande difficulté le placerait plutôt au rang des visionnaires. Mais JQ (et JMA avec lui) nourrissent une longue inimitié avec les théories (protectionnistes, et plutôt critiques envers l'Europe actuelle et ses acteurs) du démographe, eux qui en sont de farouches partisans. N'ayant pas eu l'opportunité de le contredire posément, ou leurs contradictions n'ayant pas, à leurs yeux, rencontrer l'écho souhaité, les voilà qui lui claque à la gueule, à la première occasion, une belle petite ad hominem. Et il a eu du bol, JQ n'a pas trouvé de citations avec "enculé" dedans.

Alors tu vois, si "le meilleur intervieweur de France" et "le prix Louise Weiss 2006 du journalisme européen" y ont recours, il n'y a vraiment aucune raison de faire le coquet.

REBOOT

L'année 2012 est une année bissextile commençant un dimanche (la conne). On lui affecte donc les lettres dominicales « AG ». 

Comme l'argent chimique, l'assemblée générale, l'ailier gauche ou l'Aktiengesellschaft. Comme un symbole.

vendredi 18 mars 2011

L'être ou le Guéant

Etre une éminence grise, un homme de l'ombre, ça peut vous satisfaire un moment, bien sûr. Mais, que ceux qui le contestent me jettent le premier parpaing, on aspire tous à notre heure de gloire.

Ainsi Claude : "Les Français à force d'immigration incontrôlée ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux, ou bien ils ont le sentiment de voir des pratiques qui s'imposent à eux et qui ne correspondent pas aux règles de notre vie sociale.Nos compatriotes veulent choisir leur mode de vie, ils ne veulent pas qu'on leur impose un mode de vie"

Au moins, maintenant, on parle de lui.

PS : je sais pas vous, mais moi, je trouve que l'éditorial de FOG vise carrément juste. Putain de censure.

Le chant du bourbier Lybien

Je souffre d'un trouble psychologique assez grave qui bien que discret, s'avère particulièrement handicapant en société : plus je me pose une question, plus je trouve des arguments pour conclure qu'on ne peut y répondre.


Il m'arrive ainsi régulièrement de m'embarquer dans une discussion (souvent politique, mais aussi sportive, ou politique, ou sportive), les idées claires, le mors aux dents, et d'en sortir, trois heures et quelques litres d'alcool plus tard, avec l'impression que le problème est insoluble, les torts partagés, la situation complexe, bref, que...c'est compliqué.

Ainsi, la Lybie. 

Analyse, phase 1 : des gens se révoltent comme dans les pays voisins, le dirigeant local - terroriste notoire - apparait à la télé en pyjama et parapluie pour un discours halluciné expliquant que les troubles sont le fait d'agents d'Al Qaida, de débiles, de drogués, puis annonce qu'il va leur déglinguer la face avec ses avions, ses tanks, et ses mercenaires tchadiens. Ce qu'il fait, avec succès, puisqu'il reconquiert quasiment tout le pays en deux semaines, et qu'il se présente aux portes de la "capitale insurgée", Benghazi, promettant un bain de sang.

A ce stade, unanimité : il faut sauver ces gens du fou sanguinaire qui les menace, par la diplomatie, par la peur, par une balle dans la tête, qu'en savons-nous, mais vite, faisons quelque chose.

Analyse, phase 2 : BHL, égérie dépoitraillée de la liberté néoconne, obtient de Nicolas Sarkozy qu'il reconnaisse le "Conseil National de Transition" lybien comme interlocuteur diplomatique officiel. Le phi-lol-sophe pousse (et le raconte ici, avec son style à lui) également la France à défendre au niveau européen et mondial une intervention en Lybie pour "sauver Benghazi". 
Appuyée par la Grande-Bretagne, la France (et son ministre des Affaires Etrangères Alain Juppé) défend un projet de résolution à l'ONU autorisant "la création d'une zone d'exclusion aérienne au-dessus d'une partie de la Libye" et "toutes les mesures nécessaires pour protéger les civils et imposer un cessez-le-feu à l'armée libyenne". 
Liesse à Benghazi, discours enflammés sur la lumière apparue soudain dans la situation enténébrée des révoltés (cette phrase est hideuse mais je voulais absolument utilisé le mot "enténébré"). Aux dernières nouvelles, cessez-le-feu annoncé par les forces lybiennes, scepticisme généralisé pour l'instant.

Sur le papier, c'est plutôt bien : l'ONU, méta-gouvernement démocratique mondial décide d'intervenir pour la sauvegarde d'une population massacrée par son tyran. Tyran soutenu jusqu'ici par maintes démocraties occidentales, certes, mais néanmoins tyran, dont il semble difficile de justifier les agissements sans un solide sens de la provocation. Le monde, uni et valeureux, qui se dresse contre la tyrannie, voilà un beau tableau. Pourtant...

Je ne suis pas particulièrement fier de l'avouer, mais ce qui me fait douter de la simplicité de la situation, et de l'opposition "gentils insurgés vs méchants loyalistes" n'est pas un refus critique et rigoureux du manichéisme, mais l'identité de ceux qui le relaient. 

Car si l'on fait l'inventaire des soutiens à l'intervention en Lybie, il n'est pas illégitime de s'interroger. Qu'est ce qui pourrait bien réunir BHL (conservateur), Sarkozy (conservateur), le gouvernement anglais (conservateur) et les républicains américains (conservateur) ? Le sens de l'Histoire et des valeurs humanistes universelles ? Ce n'est pas exclu, mais quand même, on sent comme un parfum d'arnaque au milieu des violons interventionnistes, non ? Le même, d'ailleurs, qui flottait à l'aube de l'intervention américaine en Irak, intervention soutenue (contre l'ONU, cette fois) par...BHL, Sarkozy, le gouvernement anglais et les républicains américains. Oh merde.

Comparer l'Irak à la Lybie est évidemment spécieux. Les massacres en Lybie sont sans commune mesure avec la situation irakienne de l'époque, et l'hypocrisie des "armes de destruction massive" est pour l'instant aux abonnés absents. Mais la différence reste néanmoins de l'ordre du "ressenti", voire de l'émotion. Doit-on exclure l'émotion des décisions politiques ? C'est une question éminemment discutable, et la réponse n'est pas simple (putain, ça me reprend). Mais la seule émotion comme fondement d'une décision aussi grave qu'une intervention militaire dans un pays souverain pose problème.

L'intervention militaire qui se dessine pose d'ailleurs nombre de questions à leur tour complexes :

- Qui est ce "Conseil National de Transition" ? Qui représente-t-il ? Qui le soutient ? Qui sont les interlocuteurs des pays occidentaux en Lybie ?

- Quelle "sortie de crise" si l'offensive de Khadafi s'arrête ? On se serre la main et on reprend le boulot la semaine prochaine ?

- Quelles perspectives en cas d'intervention "occidentale" et de défaite de Khadafi ? Qui prend le pouvoir ? Que devient la Lybie ? Que deviennent les gisements pétroliers ? (Je pose cette question ingénument, nous parlons ici de la défense des valeurs de notre civilisation, pas de vulgaires problématiques énergétiques, n'est-ce pas ?)

- Refait-on la guerre d'Espagne, celle de Bosnie, du Kosovo ou d'Irak ?

J'aimerais lire dans nos médias, ou entendre dans la bouche de nos hommes politiques, des réponses à ces questions, plutôt que le tonnerre de cocoricos sans lendemain qui retentit depuis ce matin. 

Je peux toujours courir, pas vrai ?

J'irai Baverez sur vos tombes

Victime une nouvelle fois de mon absolu manque de timing, ni Marine Le Pen ni le nucléaire ne sont les sujets de ce billet.

La France a un gros problème. Comme toi, cher lecteur, je pensais que ce problème, c'était les arabes. Mais je me trompais. Après, j'ai pensé tiens, si c'est pas les arabes, c'est peut-être les musulmans. Les Quick Hallal, les prières dans la rue, les burqas, le terrorisme, c'est vrai que c'est du lourd. Plutôt serein devant cette hypothèse pour le moins crédible, j'ouvre le Point et me délecte de l'éditorial de Claude Imbert, très bon indicateur du sens du vent. Son titre ? "Islam : le temps, la patience et la loi". Putain, je le savais, me dis-je in petto. C'est alors que mon oeil dérive (et ta soeur elle a un strabisme ?) vers une tribune voisine, celle de Nicolas Baverez, intitulée "L'ISF ou l'Impôt du Sabordage Français". Mis en appétit par ce titre mutin, je m'y plonge avec attention. J'en ressors quelques minutes plus tard, soufflé : mais bordel, le vrai problème français, c'est pas les métèques, c'est l'ISF !

Au début j'étais dubitatif, je ne voyais pas tellement comment un impôt qui touche moins d'un centième de la population française, et pas la plus malheureuse, pouvait à ce point plomber l'avenir de notre beau pays, mais heureusement, Nicolas Baverez m'a decillé. C'est vraiment une saloperie, cet impôt (berk) de solidarité (berk) sur la fortune (coooool).

Premier argument : la France est la seule à le faire. Ben ouais. Qu'est ce qu'elle fait, la France, que les autres ne font pas ? Bouffer des grenouilles, guillotiner ses rois, donner aux rues des noms de poète plutôt que des numéros ? C'est pas comme ça qu'on va résister à la Chine, bande de biknits.

Second argument : Il coute cher. Moi j'étais persuadé que l'impôt c'était fait pour rapporter de l'argent à l'Etat, mais là non. Il rapporterait 3 milliards par an (un trentième des bénéfices du CAC40, pour se faire une idée), mais en couterait 4 ou 5 fois plus. Comment se fait-ce ? Hé bien parce qu'il "contraint à l'exil plusieurs dizaines de milliers de français". Hé ouais. Difficile de croire qu'un impôt puisse se montrer aussi cruel avec les gens, mais si, il les chasse du pays. Et puis il chasse pas n'importe qui. Parce que dix mille mecs qui rapporteraient 12 milliards par an, ça te fait du 1,2 millions d'euro par tête. Une coquette somme, on comprend que ces gens là préfèrent l'investir dans un billet de train vers la Suisse.

Troisième argument : Sa mécanique est "prédatrice", ses taux "confiscatoires" (bon si là t'es pas convaincu, Nico Baverez peut plus rien faire pour toi). Du coup le gouvernement (qui est responsable) est contraint de lui tisser maints aménagements ("exonération de l'outil de travail et des oeuvres d'art ; abattement sur la résidence principale ; plafonnement puis déplafonnement du plafonnement ; bouclier fiscal fixé à 60 % puis 50 %", tout ce qu'il peut pour sauver les ménages dans le besoin d'une misère annoncée) pour que les gens reviennent. Bon, ils ne reviennent pas, mais c'est simplement qu'on ne l'aménage pas assez.

Normalement, arrivé là, on est obligé de partager le constat de Nicolas : "L'imposition du patrimoine doit être repensée au sein d'une réforme fiscale globale privilégiant la production et tenant compte de la concurrence internationale, à moins de faire de tous les Français des Johnny Hallyday" (ce qui serait pour le moins pénible, difficile de le nier).

Nicolas se désole d'ailleurs que le gouvernement ne semble pas prendre réellement conscience de cette menace hallidaysque qui pèse sur nous. Oh, bien sûr, il s'est saisi du problème (ici ou là), on n'est pas gouverné par des abrutis quand même. Mais il fait preuve d'une coupable modération. Alors qu'on aurait mieux fait de rendre tout de suite leur argent à ces gens qui s'exilent, voilà qu'il propose, par exemple (attention, tes yeux vont saigner) :
- de taxer la hausse du patrimoine immobilier à hauteur de 19%
- de taxer la hausse des revenus d'assurance vie à la même hauteur de 19%

Imagine. T'as une petite maison, par exemple une villa à Nice. A coté, t'as mis de côté un petit million d'euros en assurance-vie pour que tes enfants n'aient pas à travailler à la mine pour payer leur école de commerce. Si tu gagnes 1000 euros à la sueur de ta maison et de ta banque, il ne t'en reste que 810. PUTAIN MAIS COMMENT TU VEUX BOUFFER AVEC CES CHAROGNARDS BOLCHEVIQUES QUI TE POMPENT TOUT ?

C'est pas Mozart qu'on assassine, c'est Crésus.

Bon évidemment, d'aucun pourrait arguer que c'est le principe de l'impôt de prendre de l'argent aux gens, non pas pour le leur voler mais pour leur maintenir une qualité de vie, qu'ils n'auraient probablement pas au Mozambique (heureux paradis où l'ISF n'existe pas). On pourrait également souligner que prendre 20% de ses rentes à un mec qui n'a strictement rien fait d'autre que d'attendre que son argent produise de l'argent, ce n'est pas exactement "confiscatoire".
L'ISF (renseignez-vous ici) ayant pour objectif premier de restreindre la rente, difficile de s'étonner que les clercs de ce "capitalisme familial" - qui s'irrigue d'une richesse consanguine malgré toutes les fables sur le "mérite" dont il nous abreuve -  le dénoncent à longueur d'éditorial.

Tiens, une statistique amusante : la deuxième ville comptant le plus d'assujettis à cet impôt, après la capitale et devant Lyon ou Marseille est...Neuilly, fief d'un mec que tu connais certainement. Ô délicat toucher du hasard qui de ses longs doigts blancs effleure l'obscurité du monde.

On peut en revanche lever un sourcil perplexe devant l'action du gouvernement  qui, à l'heure où les économies se font de petits millions d'euros  en petits millions d'euros (suppressions de postes dans les hopitaux, la Poste, l'Education Nationale, etc...), décide de se priver de 3 milliards (somme certainement sous-estimée par la fraude fiscale, puisque l'ISF est auto-déclaré) de recette au prétexte qu'ils feraient "fuir" qui que ce soit, touchante sollicitude de la part d'hommes politiques d'ordinaire plus portés sur le bâton que sur la carotte.

De là à s'imaginer qu'il s'agit d'une nouvelle mesure destinée, sous couvert d'intérêt national claironné par des penseurs du niveau de Nicolas Baverez, à filer encore un peu plus de thunes aux fortunes privées plutôt qu'à l'Etat, et incidemment, à tous, il n'y a qu'un pas que je franchis à pieds joints.

Splash, fait la boue visqueuse de l'idéologie dominante.

PS : le Front National réclame depuis des années la suppression de cet impôt, de même que celle de l'impôt sur le revenu. Tout ne les oppose donc pas à nos amis de l'UMP.

jeudi 10 mars 2011

Dépénalisons les imbéciles

Je ne sais pas vous, mais je me sens aliéné comme jamais. Alors que palpitent sous mes tempes les sourdes pulsions de l'homme libre, voilà qu'on m'oppresse, qu'on m'étouffe, que chaque jour je ploie davantage sous le joug tyrannique du mal de notre siècle, sous la chape de plomb qu'imposent insidieusement tant d'ombres obscurantistes, et que m'enserre le douloureux carcan du politiquement correct. Oui, chers lecteurs au pluriel parce que je sens que la gloire approche, chaque jour qui passe me laisse plus ravagé par la sordide étreinte de la bien-pensance.

Voyez-vous, j'étais comme ça, dans le métropolitain, à n'embêter personne avec mon livre, quand soudain entrèrent dans ma rame deux volumineuses négresses qui dégageaient, enfin, vous savez, cette odeur particulière qui leur vient il me semble de la cuisine épicée et de l'hygiène discutable héritées des grandes plaines sèches où languissaient leurs ancêtres. Souhaitant poursuivre ma lecture de Maupassant sans avoir l'impression de visiter le zoo de Vincennes, je leur demandai humblement de s'écarter, sans faire mention de la gêne pourtant réelle que me causaient leurs exhalaisons. Et là, sans le moindre scrupule ni la moindre reconnaissance pour ma discrétion, les voilà qui se mettent à baragouiner, quasiment en hurlant, dans ce langage simiesque et grossier qu'on aurait peine à prêter à quelque individu civilisé. Excédé, les nerfs vrillés par le bruit, l'odeur et la promiscuité, je m'adresse alors à ces deux sans-gênes en des termes certes fleuris mais légitimes: "Dites-donc, bande de putes obèses, rentrez chez vous au lieu de nous casser les oreilles et de nous empuantir avec vos manières d'animaux. Y en a qui vont au travail pendant que vous pompez nos allocs, les bamboulas". Ce n'était certes pas des plus diplomates, mais enfin nous devons bien nous faire respecter, nous sommes chez nous, n'est-ce pas ?

Et que croyez-vous qu'il arriva ? Au lieu d'approuver en bons français ma courageuse intervention, voilà que plusieurs personnes dans le wagon me jettent des regards furieux, et qu'aux deux négresses qui m'agonissent d'insultes se joignent deux jeunes hommes, l'un, moricaud, forcément solidaire de ses congénères, mais l'autre pourtant blanc et propre sur lui, qui m'empoignent et me jettent hors du wagon sans ménagement. Vous vous rendez compte ? Dans quel monde vivons-nous ? Par quels grands renoncements et quelles menues lachetés en sommes-nous venus à cette omniprésente et tyrannique bien-pensante qui foule aux pieds nos libertés les plus fondamentales ? Ne peut-on plus rien dire dans ce pays malade ?

C'est une excellente question, et je me remercie de l'avoir posée bien que je ne sois pas le seul à m'en préoccuper. L'excellent Franz-Olivier Giesbert, Messieurs le secrétaire d'Etat Thierry Mariani et ses collègues députés dans un communiqué très digne, ou le toujours pertinent Ivan Rioufol, entre autres, se sont saisis eux aussi de ce problème qui sape progressivement, à les en croire, jusqu'aux racines les plus saines de notre pays.

Cette violence et cette unanimité de la réaction décomplexée quant à la condamnation d'Eric Zemmour est une première illustration du renversement sémantique que tente d'opérer depuis des années nos amis de la droite "dure". La réception de ce dernier par un collectif de députés, et les applaudissements nourris qui ont accueilli ses appels à l'abrogation des lois "mémorielles" (voir le député UMP Christian Vanneste qui les qualifie "d'anti-françaises") et à l'arrêt des subventions pour les associations anti-racistes une seconde.

A première vue, c'est pourtant une position qui se défend : une liberté (en l'occurrence celle d'expression) ne peut tolérer de bornes sans risquer de n'en plus être une. Permettre à tout le monde de dire absolument n'importe quoi est un choix politique qui n'est pas celui actuellement en vigueur en France, mais qui a ses avantages et ses inconvénients.

Seulement, quelles sont les cibles de ces farouches revendications libertaires ?
- la loi Gayssot, qui réprime les actes antisémites, racistes ou xénophobes
- la loi Taubira, qui reconnait l'esclavage et la traite des noirs comme des crimes contre l'humanité
- la décision de justice contre Zemmour, qui condamne (grossièrement) son apologie du contrôle au faciès et de la discrimination à l'embauche.

On peut, sans être polytechnicien, voir dans ces différentes lois et décisions une constante : il s'agit de qualifier et sanctionner le seul racisme (un détour par Wikipédia nous apprendra d'ailleurs que le code pénal se passe bien de ces lois pour sanctionner celui-ci). 

On notera d'ailleurs que ces mêmes pourfendeurs d'une justice liberticide étaient les mêmes, ou presque, qui hurlèrent quand Martine Aubry comparait Sarkozy à Bernard Madoff (Raffarin dira même "Comparer le président de la République à un escroc, c’est une injure, pas une opinion!", à comparer avec ses compagnons politiques qui affirment aujourd'hui que le racisme doit être une opinion, et non plus un délit). On peut également retrouver les cris d'orfraie du Point ou du Figaro devant les propos d'un Dieudonné pas tellement plus nauséabond que leur Eric.

Il ne s'agit donc pas de libérer n'importe quelle expression, mais de "dépénaliser" l'expression d'une forme de xénophobie, d'islamophobie qui flotte sur les lèvres UMP depuis de longs mois. La même qui affleure dans les propos récents de la député Chantal Brunel, proposant de remettre les immigrés "dans les bateaux" pour "rassurer les français". Les excuses formulées suite à ce tollé sont à ce titre éclairantes : plutôt que de regretter le fond, voilà qu'elle déplore qu'on ne puisse "plus utiliser des mots qui ont été utilisés par le Front national", au risque de "faire son lit". Soyons xénophobes pour ne pas faire le lit des xénophobes, et si possible sans risquer la condamnation pénale. Comment ne pas vibrer d'enthousiasme devant ce beau programme ?

Pour en revenir à nos apôtres de la parole libérée, je parlais tout à l'heure de renversement sémantique car c'en est un : marteler que Zemmour incarne une "liberté" bafouée, baillonnée par une censure "bien-pensante", "stalinienne" et par des associations anti-racistes "nuisibles", c'est esquisser une modification aussi totale qu'absurde du sens des mots. Le racisme, c'est la peur; la peur est une forme d'aliénation.Ce n'est pas la liberté. A l'inverse, qualifier d'anti-républicain le fait d'assurer la défense d'individus ou de minorités discriminées témoigne d'une conception pour le moins discutable de la République. 

On assiste donc encore une fois à une distorsion volontaire, concertée, du langage au service d'une idéologie moisie.  Et pendant ce temps là, Jean-Michel Apathie fait de l'entomologie. On a les éditorialistes qu'on mérite, sans aucun doute.

vendredi 4 mars 2011

Laïcité va craquer

Les Français, dont je me sens légitime de porter la voix puisque je dispose au même titre que le chef de l'Etat et ses conseillers des deux qualités nécessaires à l'évaluation des inquiétudes populaires que sont l'alphabétisation (pour lire les sondages), et le "bon sens" (pour les interpréter de manière à ce qu'ils me confortent dans mon analyse préalable), les français disais-je ont deux inquiétudes majeures en ces temps troublés : les impôts, dont on les accable, et les arabes, dont on les accable également.

(A ceux qui pensent que les français se préoccupent plutôt de chômage, d'éducation ou d'éthique, nous rirons au nez sans plus d'hypocrisie : si vous alliez plus souvent dans les PMU des quartiers populaires au lieu de lire Télérama dans vos canapés en lin biologique, vous diriez moins n'importe quoi)

Il était par conséquent du devoir d'un Président de la République responsable, et sensible aux préoccupations de ses concitoyens en un seul mot d'adresser au plus vite ces deux problématiques.

La première, les impôts, qui nécessite de faire des calculs, de justifier des choix, et de froncer les sourcils pour faire sérieux, a été légitimement déléguée à François Fillon.

La seconde en revanche, fait l'objet d'une attention poussée de Nicolas Sarkozy et des leaders de sa majorité, qui s'en sont emparés avec l'énergie et le dévouement à la France qu'on leur connaît. Il était donc de notre devoir de commentateur de la vie républicaine de rendre compte de leurs louables efforts.

Tout à commencé par un constat de Nicolas Sarkozy, partagé avec l'ensemble du pays à l'occasion d'une mémorable émission de télévision. Ce constat est sans appel : "le multiculturalisme est un échec". Pourquoi ? Parce "qu'on s'est trop préoccupé de l'identité de celui qui arrivait et pas assez de l'identité du pays qui l'accueillait".

On notera pour commencer que le multiculturalisme est réduit à une opposition entre les "arrivants" et les "accueillants", sans que les uns ni les autres soient définis.
François Legrand, dont la famille habite Le Havre depuis le onzième siècle, et qui se targue de descendre de Guillaume le Conquérant, duc de Normandie et roi d'Angleterre, est-il un accueillant ou un (vieil) arrivant ?
Jérome Bolzoni, professeur de français à Creil,  dont le grand-père napolitain a fui le fascisme en 1935, est-il un accueillant ou un arrivant ?
Zinédine Zidane, plante verte pour émission sportive, né à Marseille de deux parents algériens, est-il un accueillant ou un arrivant ?
Nul doute que la distinction, peu évidente a priori, est faite avec soin par le chef de l'Etat et les responsables de l'UMP, on ne conclut pas à l'échec d'une manière aussi définitive quand on n'a pas préalablement analysé la situation avec soin.

Peu de temps après avoir formulé ce constat, le chef de l'Etat clarifie son propos : il souhaite un débat sur l'Islam, également désigné sous le nom de "débat sur la laïcité" (du latin "laïcitus, laïcitum", qui signifie musulman). Se défendant de surfer sur les provocations de Marine Le Pen comparant les prières de rue à l'Occupation Allemande, Nicolas Sarkozy se montre clair : les prières de rue n'ont rien à voir avec l'occupation allemande, puisque les nazis ne portaient pas tous des barbes. Mais il ne fait cependant aucun doute que "certaines pratiques de l'Islam représente clairement un problème en France".

Accusé par quelques bobos et autres angélistes bolchéviques de jouer avec le feu et de stigmatiser à dessein une partie de la population française déjà passablement discriminée par la police, les recruteurs ou les directeurs de casting electoral, Nicolas Sarkozy rassure: "On essaie toujours de monter les uns contre les autres. Moi, j'essaie de rassembler" (déclaration au Salon de l'Agriculture)

Poussons collectivement un ouf de soulagement, nous avions craint le pire.
 
Les industrieux partisans du débat se mettent alors en branle, et soumettent à l'opinion leurs premières pistes de réflexion. Jean-François Copé souhaite ainsi "poser un certain nombre de problèmes de fond sur l'exercice des cultes religieux, singulièrement le culte musulman, et de sa compatibilité avec les lois laïques de la République" . Nicolas Sarkozy, quant à lui, souligne trois sujets qui lui semblent cruciaux "Pas de prières dans la rue, la mixité à la piscine et pas de repas halal dans les cantines scolaires".

Enfin, le problème des mères voilées souhaitant accompagner les sorties scolaires est également à l'ordre du jour du côté du ministère de l'Education Nationale.

On le voit, il ne s'agit nullement d'agiter le chiffon musulman devant les yeux bovins de nos beaufs nationaux, et ceux qui accusent l'UMP et le gouvernement de ne parler que d'Islam au lieu de parler de laïcité en sont pour leur frais.

Nicolas Sarkozy a d'ailleurs mis le coup de grâce aux tenants de cette ridicule polémique en portant le fer laïc contre une autre religion aliénante et dangereuse pour la vie républicaine : en visite au Puy-en-Velay, le président de la République a été l'auteur d'une charge violente contre la religion catholique et ses représentants. "La chrétienté nous a laissé un magnifique héritage de civilisation", a-t-il déclaré la bave aux lèvres, menaçant de "conserver et restaurer" cet héritage, une "mission à laquelle l'Etat ne peut et ne doit se dérober". Prends ça dans ta gueule Jesus-Christ, hurlait derrière lui la foule en délire.

Bon. On rigole, on rigole, mais on assiste l'air de rien à une nouvelle démonstration de rouerie politique de la droite "décomplexée" que representent si bien Sarkozy, Copé et consorts.


Première étape : lancer un débat de merde.

Sans autre intérêt que de draguer le beauf un peu con qui s'indigne de l'existence des Quick Hallal tout en regardant ses footballeurs préférés remercier Dieu à longueur d'interview, il était évidemment de salubrité publique de l'ignorer, et de clamer haut et fort que non, les histoires de piscine, de repas hallal ou de prière de rue ne sont pas "cruciaux". Qu'il existe des lois pour sanctionner les entorses à la laïcité telle que définie dans la constitution de 1958 ("La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances") et la loi de 1905 ("La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte").
Comme lorsque la droite parle de sécurité, le piège n'est pas dans la question, mais dans le choix de la question.

Deuxième étape : insuffler dans un débat aux bases moisies une vraie charge idéologique.

Ici, que la religion chrétienne fonde notre civilisation, et qu'au contraire d'un Islam exogène qu'il faut combattre, elle ferait partie d'un patrimoine à défendre. Affirmation totalement contraire aux deux textes précités, et marotte de la droite française pour qui la spiritualité est nécessairement catholique.

Etablir une différence de hiérarchie entre une religion et une autre ne relève plus du tout de la provocation electoraliste, mais d'une réelle volonté politique de revenir sur la laïcité. On voit venir gros comme une maison la remise en cause de la loi de 1905, au prétexte d'aider les pauvres musulmans à construire des mosquées, pour la plus grande joie des bigots de tous poils qui pourront faire subventionner leurs écoles confessionnelles en open bar.

On se retrouve ainsi prisonnier : ne pas participer au débat, c'est laisser faire. Participer au débat, c'est alimenter la machine à conneries racistes qui tourne déjà à plein régime. Victoire politique totale, écrasante, comme souvent quand on s'appuie sur la peur et les préjugés. C'est tellement plus facile de tirer vers le bas que vers le haut...

mercredi 23 février 2011

La Libye ne fait pas le moine

Difficile ces derniers jours d'allumer la télévision, la radio, ou d'ouvrir un journal sans y trouver une vigoureuse dénonciation des "clans" Ben Ali, Moubarak, ou plus récemment Kadhafi. On y découvre les fortunes colossales amassées aux dépens de leurs pays respectifs par nos amis autocrates, la corruption, la violence, l'impunité, et tous ces mots désagréables qu'on s'était bien garder de leur associer jusqu'ici.

Mieux, dans le cas du colonel lybien, on lui découvre une personnalité de fou dangereux, paranoïaque, mégalomane, un cas pathologique curieusement tenu sous silence lors de sa visite en France, sous la tente et en grandes pompes il y a trois ans.

Comment interpréter cette vague d'indignation qui décille nos hommes politiques et médias nationaux ? Pourquoi la Tunisie, l'Egypte ou la Lybie sont-elles si longtemps restées d'aimables voisines sagement gouvernées par des individus certes un peu directifs, mais ô combien modernes et ambitieux ?

Prenons l'exemple de Ben Ali, et le mien (puisqu'après tout c'est moi qui écrit) : ayant eu la chance d'effectuer mon parcours scolaire dans un milieu relativement sain où l'on compte plus de couleurs de peau que de particules par classes de 6ème, j'ai cotoyé pendant mes jeunes années nombre de ces dangers pour la République que sont les arabes  musulmans  bon enfin vous voyez bien, ceux qui crachent par terre, là. Et parmi eux, un tunisien d'origine, avec qui j'ai eu la chance de me lier d'amitié et qui après quelques mois à dire n'importe quoi entre deux cours de maths me jugea assez digne de confiance pour me faire part de son avis sur le pays de ses parents. C'est ainsi que j'appris qu'en Tunisie, on pouvait aller en prison pour avoir critiqué le régime, et que de nombreux opposants "disparaissaient" au vu et au su de tous. Nous étions en 1197, j'avais 15 ans, et je découvrais Ben Ali, le dictateur tunisien.

Comment expliquer que depuis lors, et jusqu'à la chute de ce qu'il est désormais convenu d'appeler un criminel, je n'ai jamais vu le Raïs qualifié d'autre chose que d'un "grand modernisateur", d'un "partenaire commercial privilégié", d'un "invité de marque pour la présidence de la République" ? Nos journalistes sont-ils à ce point privés de ressources et de temps qu'ils ne puissent interroger le premier immigré tunisien venu pour s'enquérir du régime politique local ? Ou bien n'était-il tout simplement pas "intéressant", tout occupés que nous étions à disséquer notre (indispensable) cuisine politique nationale, de se pencher sur une dictature ,distante d'une petite Méditerranée, avec laquelle nous entretenions un florissant commerce en même temps que nous nous gargarisions des Droits de l'Homme exportables en Chine ou en Afghanistan ?

Et voilà qu'après leur chute, nos chers tyrans arabes sont soudain désignés comme tels ! Et quelle vigueur désormais pour dénoncer leur barbarie et leur cupidité si longtemps tues ! 

Voilà qui en dit long, je crois, sur la crasse nullité de notre presse, aussi prompte à tirer sur l'ambulance qu'à taire les vrais scandales. Une presse de commentaire plutôt que d'information. Une presse démissionnaire de sa mission première, et je vous épargne d'autres rimes en R.

Quant à la classe politique, a minima celle "de gouvernement", dont nous serions normalement en droit d'attendre quelque faculté d'analyse et d'anticipation, son discrédit est tel que nous ne pensons même plus à nous indigner de son silence coupable, persuadés que nous sommes des compromissions qu'elle dissimule.

Il faut voir d'ailleurs avec quelle force de perspective nos grands timoniers gèrent et ont géré la "crise lybienne". Alors que ce cher colonel K. massacre depuis trois jours son peuple à grands renforts d'avions de chasse, la diplomatie française passe à l'offensive : Nicolas Sarkozy a réclamé "l’adoption rapide de sanctions concrètes". Mieux, il souhaite "que soit examinée la suspension des relations économiques, commerciales et financières avec la Libye, jusqu’à nouvel ordre".

Outre que ces déclarations sonnent terriblement dérisoires quand les libyens meurent par milliers, on peut se demander si nos relations économiques, commerciales et financières avec le régime Kadhafi étaient beaucoup plus légitimes il y a trois semaines, trois mois ou trois ans, lorsqu'un malade mental plantait sa tente dans les jardins de l'Elysée au grand plaisir de son principal occupant. Peut-être n'était-il pas alors assez meurtrier pour mériter notre opprobre.

La diplomatie du porte-monnaie nous rend de grands services, à n'en pas douter.

lundi 21 février 2011

Un peu comme un Kadhafis


"Si on te saoule, tu vois, tu fais comme ça : pan."

De bonnes révolutions

Que penser de ces rues arabes pleines de gens avec des pancartes gribouillées ?

Si toi aussi tu es perdu, je t'encourage à lire l'interview d'Olivier Roy sur Rue89.

C'est fou comme on comprend, quand on nous explique au lieu de nous agiter sous le nez des images commentées par des pitres.

L'illusion démocrapathique.

Histoire de ne pas passer pour un gigantesque monomaniaque (pour citer François Morel, "Faut pas exagérer"), j'ai pris soin d'entamer mon année 2011 par un article léger, pas clivant pour un sou : un article de consensus. Je comptais d'ailleurs poursuite sur ma lancée pour discuter avec vous du temps qui se réchauffe, du poulet au basilic et de ces jolis peuples zarabes qui se révoltent pour s'occuper puisqu'ils ont pas de Xbox, mais c'est pas ma faute, on me provoque.

Par exemple ce matin, c'est Jean-Michel Apathie qui s'y colle, en soufflant sur le moulin à buzz interviewant avec la pertinence qui lui est coutumière Jean-Luc Mélenchon. 

Que les choses soient claires, je n'ai aucune espèce de proximité idéologique avec Jean-Luc Mélenchon (je sais que c'est pas crédible, mais ça fait bien de se targuer de neutralité quand on aborde un sujet polémique). Plus sérieusement, je n'aurais probablement pas consacré une ligne à ce sujet si l'interviewé était Fadela Amara, mais la problématique est la même  dans tous les cas, et j'arrête d'essayer de m'auto-spoiler pour passer au vif du sujet, à commencer par le contexte.

CONTEXTE

Jean-Michel Apathie recevait ce matin sur RTL Jean-Luc Mélenchon, candidat à la candidature du Front de Gauche pour 2012, pour une interview qu'on devine bienveillante et cordiale.

La retranscription de l'interview est disponible ici, que vous puissiez vous assurer que ma mauvaise foi bénéficie quand même d'un fond de vérité.


LES FAITS

JM a donc choisi de recevoir JL, dont l'exercice d'auto-caricature en épouvantail gauchiste saoule ou enivre alternativement, pour discuter politique. Imagine-t-on. Mais l'imagination est une traitresse, dont les hommes raisonnables - que nous sommes - feraient bien de se départir à l'heure de discuter des choses sérieuses. Aussi, prenant à contre-pieds les rêveurs qui s'imaginent qu'on interviewe les hommes politiques pour leur faire parler de leur métier, Jean-Mi s'attaque-t-il au VRAI sujet politique d'actualité : DSK.
"Qu'avez-vous pensé de l'intervention de Dominique Strauss-Kahn, hier soir chez France 2 ?", attaque-t-il dès les premières secondes de l'échange. Mélenchon répond qu'il est consterné, puis embraie sur le G20 et sur une décision prise à son occasion et passée sous silence lors de la fameuse "intervention". 

L'intervieweur s'intéresse poliment, puis revient à sa notre préoccupation : "Pourquoi Dominique Strauss-Kahn vous a-t-il consterné, hier soir ?". Mélenchon répond à nouveau, s'agaçant de l'interminable jeu du "il y va/il y va pas" qui occupe l'espace médiatique depuis deux bons mois, et tente d'embrayer sur le référendum Islandais. Là, Apathie, qui a fait semblant de s'interesser pour le G20 mais qui a quand même une interview sérieuse à mener, le recadre : "S'il était candidat à l'élection présidentielle, Dominique Strauss-Kahn, vous lui seriez profondément hostile, Jean-Luc Mélenchon ?". Mélenchon lui répond alors que bon, ça l'arrangerait qu'on lui fasse parler d'autre chose que de DSK, témoignant ainsi de l'étroitesse manifeste de sa vision politique. 

Faut pas s'étonner qu'il passe pour un clown, Mélenchon, s'il veut pas discuter des trucs importants. Mais enfin, Apathie est un professionnel, et il enchaine : puisqu'il veut pas parler de mon sujet, changeons-en ! "C'était le 5 janvier, avant la révolte des peuples arabes. Vous avez dit : "Cuba c'est pas une dictature". Vous maintenez ce matin, Jean-Luc Mélenchon ?". Un autre vrai sujet pour gens sérieux, qui donne lieu à un échange enrichissant entre les deux hommes que je vous laisse le soin de relire pour vous en imprégner : rien, absolument rien ,n'en ressort. Apathie de conclure alors "Vous savez pourquoi je vous ai parlé de Cuba ?Parce qu'à chaque fois que je vous ai interrogé sur Dominique Strauss-Kahn, vous disiez : "Ces questions n'ont aucun intérêt, je vais demander à ma femme, allez voir ailleurs". Alors je vous ai parlé d'autre chose. Et le "autre chose" ne va pas non plus. Tant pis.".

Vous pouvez chercher le point d'interrogation : il n'y en a pas. L'interview se transforme en procès, et s'achère sur un constat malheureusement très habituel :  Jean-Luc Mélenchon n'est jamais content. 

MON AVIS (quand même, il est temps)

Cette interview est terrible. Elle est terrible pour ce qu'elle nous montre du degré de nullité intellectuelle de "l'analyse politique" aujourd'hui. Apathie n'a pourtant rien d'un imbécile, et ses questions sont préparées, pesées selon un fil directeur qu'il partage avec nombre de ses collègues. Echanger une heure avec un homme politique en ne l'interrogeant que sur DSK et une petite phrase périmée répond donc bien à un cahier des charges assumé, qu'on pourrait décrire comme suit :

1- Transformer la chose politique en chose politicienne. 

Jean-Luc Mélenchon n'est pas invité pour exposer ses idées ou donner son avis sur ce qu'il juge important. On l'invite pour discuter du sujet qui préoccupe l'intervieweur. Ici, DSK, et ses atermoiements au sujet d'une candidature éventuelle aux primaires du PS. DSK est-il un sujet ? Nous sommes à plus d'un an de la présidentielle, ce dernier n'est à l'heure actuelle pas même candidat à la candidature au sein de son propre parti,  on pourrait penser qu'il existe d'autres thèmes politiques importants au sujet desquels l'avis d'un responsable politique pourrait s'avérer précieux. Mais non, ce sujet eclipse tout les autres. Et il eclipse tous les autres parce qu'on dit qu'il est important. 

Et puisqu'on dit qu'il est important, on en parle partout. Et puisqu'on en parle partout, il finit par devenir (ou avoir l'air d'être) important. On en fait des sondages, des micro-trottoirs, on arrache à tous leur avis sur le sujet et on dit : regardez, tout le monde en parle. Après les bulles spéculatives, les bulles informationnelles. Quand on aura fini de réguler le capitalisme il faudra s'attaquer aux médias, hein ?

Pire, Mélenchon n'est pas interrogé sur ce qu'il pense des idées de DSK, sur ce qui les opposerait ou les rapprocherait : non, ce qu'on attend de lui c'est qu'il commente la "tactique", de son adversaire qu'il se "positionne" (une alliance, une opposition ? Pourquoi n'est pas important, c'est Comment qui nous intéresse). Voilà ce qu'on attend d'un homme politique dans les interviews sérieuses des grands médias : un commentaire formel et politicien.

Cette démarche est d'autant plus vicieuse qu'elle s'auto-entretient. On interroge Mélenchon sur ce qu'a dit Strauss-Kahn, puis on interrogera Hamon sur ce qu'a dit Mélenchon, et puis Copé sur l'interview d'Hamon, et ainsi de suite, long et vaste ballet de commentaires inconsistants qui tournent autour du fond comme un cheval de carrousel autour de son axe : sans jamais l'effleurer. 

2- Chercher (ou entretenir la polémique). 

Pourquoi Apathie interroge-t-il Mélenchon sur une phrase prononcée il y a un mois et demi, sans aucun lien avec l'actualité ? Qu'attend-t-il ? Rien, bien sûr. Il s'agit de piéger l'invité pour l'amener à prononcer LA phrase qui montée en épingle permettra d'alimenter les gazettes pour quelques jours, quelques semaines quand c'est une pépite. 

Un piège d'autant plus vicieux qu'il est inextricable : répondre alimente la polémique, refuser de répondre alimente AUSSI la polémique. Qu'a pu dire Mélenchon après cette question ? Rien. Et c'est très exactement ce que souhaite Apathie. "Tu ne veux pas participer selon les règles ? Alors tu ne participeras pas". 

Ne nous y trompons pas, Mélenchon en est une des victimes les plus "évidentes" parce qu'il rue dans les brancards, mais tous sont logés à la même enseigne. Allez trouver une interview pendant laquelle Aubry, Bayrou ou Le Pen auront pu développer leur programme au lieu de commenter les faits et gestes de leurs pairs.

MA CONCLUSION (je structure un peu drastiquement, mais c'est pour t'aider si tu veux pas tout lire)

Que penser alors de cet exercice d'interview politique tel qu'il est pratiqué par Apathie et ses collègues ? Du mal, je le crains.

Cette castration de la parole politique, perpétrée par des "journalistes" persuadés que l'information se résume au commentaire politicien est dramatique. D'abord parce qu'elle rend con, profondément con, aussi bien ceux qui l'alimentent que ceux qui s'en repaissent en s'imaginant que c'est important. Ensuite, et surtout, parce qu'elle fait le jeu de ceux dont la politique se résume à la petite phrase, et qui veulent à tout prix éviter les questions de fond qui pourrait amener au bilan, ou pire, à la remise en cause de leurs choix.

Je ne sais pas si Apathie est sarkozyste. Sans doute pas. Mais sa conception étriquée, stupide oserais-je, de son métier est un formidable outil de propagande en creux : en saturant l'espace médiatique de polémiques stériles et de "grands sujets" absolument vides de sens (qui se préoccupe réellement de la candidature ou non de DSK à deux ans de la présidentielle ?), ils étouffent toutes vélléités de débat, d'échange et de réflexion, contribuant à transformer la politique en marketing et le vote en choix d'éléctroménager.

Vous voulez une démocratie qui fonctionne ? Faites moins d'audience à ces baudruches, ce sera un bon début.