jeudi 4 novembre 2010

Là-haut sur la Montaigne



Loin de moi l'idée de prêter de mauvaises intentions au FMI et à ses dirigeants, il s'agit d'une respectable institution qui lutte de par le monde pour l'élévation des profits de l'homme et contre la solidarité l'archaïsme soviétique, et on ferait moins les malins si elle n'était pas là pour rassurer nos riches et nos fonds de pension qui, rappelons-le, portent à bout de bras notre économie et incidemment notre bonheur. Mais quand même, parfois je lis des choses, et je tique.

Par exemple, hier, j'ai lu un article rapportant les conclusions d'une étude de l'Institut Montaigne, célèbre club du patronat chapeauté par Claude Bébéar, grand manitou du CAC40. Cette étude, qui se fixe trois objectifs dont celui de "Réduire les rigidités du système" (à savoir un "droit du travail particulièrement contraignant (...) qui crée des effets de seuil sécurisant pour ceux qui sont du bon côté de la barrière (en CDI ou personnels statutaires de la fonction publique"), préconisait pour lutter contre le chômage - et en particulier celui des jeunes - de supprimer le CDD, et de "flexibiliser" le CDI. Cela afin de réduire cette abominable "sécurité de l'emploi" qui nuit tant à la compétitivité de nos entreprises en regard des multinationales chinoises.
Je vous invite à lire le rapport, ou au moins son résumé, il est très joli.

Jusque là tout va bien, pas de raison de tiquer, je suis à peu près au courant des aspirations du MEDEF (et de ses différents think tanks) vis à vis de nos contrats de travail, et plus généralement de tout ce qui peut contrarier l'écrasante domination de l'entreprise sur son salarié. En revanche, ce matin, je lis (je n'arrête pas) un autre article mentionnant une interview d'Olivier Blanchard, "chef économiste du Fond Monétaire International". Celui-ci y félicite la France pour sa réforme "importante" et "substantielle" des retraites, et à 48h d'une nouvelle manifestation contre cette réforme, il me semble effectivement important de rappeler que les gens sérieux avec des cravates s'en félicitent, et qu'il n'est plus très sérieux d'aller souffler dans des vuvuzuelas sur le Boulevard Voltaire.

Mais surtout, notre chef économiste du monde enchaîne sur la nécessité d'une "réforme de l'emploi des jeunes". La solution ? "Selon lui, le système «dual» actuel avec des contrats à durée indéterminée (CDI) et déterminée (CDD) «ne bénéficie pas aux jeunes» et doit être rendu «plus égal».". Dis-donc, ça ressemble un peu aux propositions de l'Institut Montaigne ça, non ? C'est fou comme les grands esprits se rencontrent : le MEDEF dit qu'il faut réformer le contrat de travail, alors que dans le même temps, le FMI dit qu'il faut réformer le contrat de travail.

Attention, rien ne dit que le FMI souhaite, au même titre que le MEDEF, "plus de flexibilité". Peut-être recommande-t-il à l'inverse une réforme du contrat de travail favorable au salarié, afin de réintroduire un peu d'équilibre dans la relation entre salariés et employeurs.

Ne nous inquiétons pas, nulle doute que s'organisera prochainement un débat responsable et ouvert sur le sujet, au même titre que celui sur l'importante et substantielle réforme des retraites.

Premier sinistre



Alors, vous êtes plutôt Borloo, ou Fillon ? Qu'est ce que vous en pensez, hein, plutôt Fillon ou plutôt Borloo ? Y en a qui disent que ce serait plutôt Borloo, mais d'autres penchent plutôt pour Fillon, vous savez.

Après nous avoir (à raison) répété sur tous les tons combien le premier ministre était ectoplasmique sous Sarkozy, combien les pouvoirs étaient concentrés dans les mains du seul président de la République, de Claude Guéant, ou d'une masse de conseillers plus ou moins occultes, court-circuitant complètement un Matignon fantôche, dépouillé de tout pouvoir décisionnel, tout juste bon à chatouiller la glotte des députés UMP pour les amadouer, bref, après nous avoir convaincu que le rôle de chef du gouvernement avait à peu près autant de substance et d'autonomie que la présidence de la Halde ou de France Télévisions, voilà que nos amis démédias font mine de se passionner pour LA question cruciale de cette fin de quinquennat : qui qui sera premier ministre après le remaniement ?

L'Express, Libé, France Info, , impossible d'échapper à ce questionnement métaphysique : Fillon va-t-il rester ? Borloo va-t-il le remplacer ? Quelle couleur de pull va le mieux avec ma cravate de Président de la République ?

Non content d'envahir progressivement la presse, cette interrogation vampirise progressivement tout l'espace public. Jean-Michel Apathie sur RTL, mais probablement beaucoup d'autres, ne peuvent inviter qui que ce soit sans lui demander qui son avis, qui son pronostic sur le choix de Nicolas Sarkozy. Tu veux parler des retraites ? De la réforme à venir de la sécurité sociale ? Des barbouzeries qui visent les journalistes qui se penchent sur l'affaire Woerth/Bettencourt ? Ben t'attendras, il y a des choses plus urgentes.

Rien ne m'agace plus (à part les relances de Sylvain Armand) que cette focalisation des médias, et en particulier des "intervieweurs stars" plus ou moins autoproclamés, sur la tambouille politicienne aux dépends des vrais sujets politiques. Parce que, écrivons le en gros pour ne laisser personne passer à côté :

FILLON OU BORLOO, ON S'EN FOUT !

La politique gouvernementale s'impulse et se dirige à l'Elysée, le premier ministre est au mieux un hochet politique, au pire une serpillère, mais il ne dispose d'aucun pouvoir politique dans l'état actuel des choses. Maintenir l'un ou nommer l'autre est un choix cosmétique, peut-être tactique pour passer un message à tout ou partie de son électorat, mais il ne s'agit en aucun cas d'un sujet d'importance.

Si nous le savons, comment les gens dont l'analyse politique est le métier pourraient en être dupes ? Sont-ils de bonne foi, intimement persuadés que ce qui agite leur microcosme est d'une importance nationale ? Ou sont-ils sciemment complices de ce nouvel écran de fumée devant les choses qui fâchent ?

Soyons sympathiques avec les laquais, et accordons leur le bénéfice du doute.

Fais du buzz avec les octopodes




Dans la vie, il y a des choses graves, importantes, dont l'appréhension n'est pas immédiate et s'avère parfois douloureuse et complexe, mais qui contribuent à nous construire, à nous déterminer, à nous élever.

Et puis il y a Fadela Amara.

Fadela Amara, qu'il eut été dommage de méconnaitre, et pour ça il nous faut remercier Nicolas Sarkozy dont le sens du casting jamais ne se dément, est depuis maintenant 3 longues années la caution "banlieue" de notre cher gouvernement.

Bien incapable d'exister politiquement tant son secrétariat d'Etat à la ville ressemble à un emploi fictif (et son "plan banlieue" à Duke Nukem Forever avant qu'il ne renaisse de ses cendres), Fadela garde cependant une certaine visibilité grâce à son langage fleuri ("je kiffe", "j'me la raconte pas", "j'le dis cash", t'as compris qu'elle vient de la téci ou bien ?), au naturel travaillé, et qui amuse beaucoup dans les grands médias, d'autant qu'il a le bon goût d'enrober un discours aussi creux qu'un Casimir pendu au mur.

Et donc Fadela est régulièrement de sortie sur les plateaux télé, histoire d'aller ne rien dire mais façon "wesh wesh", illustrant par là-même la formidable ouverture sarkozyste qui agrège sans parti-pris ni idéologie tous les talents de France, formant un espèce d'orchestre du pipeau aussi cosmopolite qu'indéniablement compétent. Elle était à ce titre invitée de l'émission "Mots Croisés" d'Yves Calvi pour débattre avec un panel varié (Elisabeth Levy, qui trouve que la France s'islamise et que ça fait peur; Ivan Rioufol, qui trouve que la France s'islamise et que ça fait flipper, et sûrement d'autres gens persuadés que l'Islam menace la République) de ce qu'est "Etre Français". L'occasion de dire plein de choses, dont ça :




Retranscription :
"Il faut aussi qu'on se dise qu'on est content et fier de notre histoire parce qu'elle permet de nous, elle permet de faire briller les valeurs universalistes il se trouve que c'est chez nous mais elles doivent être partagés par tout le monde mais surtout que la littérature ou tout ce qui fait la grandeur de la France il faut quand même qu'on se dise que c'est BIEN et qu'on arrête de se, de se taper la poulpe si je puis me permettre en disant systématiquement que..." *brouahah*


Outre qu'elle réussit l'exploit de ne rien dire du tout, et mal, dans cette tirade, je me suis permis d'attirer votre attention sur l'expression employée par Fadela : "se taper la poulpe". Pour "battre sa coulpe".

"Se taper la poulpe". Je crois que de honte je n'oserais plus jamais prendre la parole en public, à sa place. Ca m'amuserait presque si ce n'était pas consternant.