mardi 8 décembre 2009

[Polésie] Complainte du benoist de Radon

Prends un train vers la pluie
Prends un coffre sur la tête
Prends ton joli survet'

Au matin nous irons
Cueillir des champignons
Et fumer des pétards

Ou bien jouer au foot
Dans la boue, sous les gouttes
Et fumer des pétards

On mangera des trucs bons
Pour finir tard le soir
Par fumer des pétards

Et à l'heure du départ
Nous irons à la gare
Pour fumer un pétard
D'au revoir.

vendredi 4 décembre 2009

[SANTACLAF] Identité naze et nulle

Vous connaissez le supplice de Tantale ? C'est l'histoire d'un mec qui avait, aux temps antiques d'avant l'Antiquité officielle, quelques petits trucs à se reprocher, et s'était vu punir par les Dieux de l'Olympe qui versaient alors assez peu dans la magnanimité et l'assistanat. Et comme en ce temps là on punissait avec élégance et originalité, tout l'inverse de cette époque aseptisée où on n'a même plus le droit de sodomiser les détenus avec des AK47, il fut condamné à passer l'éternité dans le Tartare (ni le désert, ni le steak, juste un étage des Enfers héllènes) avec à portée de mains un arbre gorgé de fruits mais dont les branches s'éloignaient chaque fois qu'il tendait la main pour les saisir, et une rivière à l'onde fraîche et limpide dont le niveau baissait chaque fois qu'il se penchait pour y boire. Autant vous dire qu'il n'a pas passé une très bonne éternité.

Ma position quant au débat sur l'identité nationale est sensiblement la même que celle de Tantale et de son putain d'arbre : j'ai envie d'en cueillir les marrons pour les commenter d'abondance, mais cela m'est refusé par la pénible conscience d'être un mouton guidé par son pâtre sur les chemins herbus de la débilité. Plus clairement : j'ai pas envie de faire plaisir à l'UMP en ventilant à mon tour l'écran de fumée qu'elle diffuse autour des vrais sujets.

MAIS DES FOIS C'EST DUR.

Par exemple, quand Eric Besson déclare (sur Europe 1), réagissant aux propos foireux d'un maire aviné ("y en a déjà dix millions qu'on paie à rien foutre"), que les "réflexions de comptoir" font aussi "partie de l'identité nationale", j'ai plein d'endroits qui me démangent, et pas seulement là où je pense. De deux choses l'une : soit Eric Besson croit ce qu'il dit, et c'est une insulte absolue crachée à nos visages de citoyens français, soit Eric Besson ne croit pas ce qu'il dit, et c'est une pirouette pour légitimer qu'on dise absolument n'importe quoi dans le cadre du "débat" qu'il a lui-même initié et dont il a parait-il fixé des règles strictes.

Dans les deux cas, il ne pousse pas le foutage de gueule jusqu'à feindre la surprise comme d'autres ici ou là ("à droite à gauche" se prêtait mal aux circonstances), du genre "Quoi, mais comment se fait-ce, il y aurait des dérapages racistes à l'intérieur de notre débat qui n'a rien à voir puisqu'il se penche sur l'identité nationale et qu'on a jamais dit que les noirs et les arabes ils étaient pas nationaux aussi".

Phase 1 : je lie (avec pour ficelle un ministère) immigration et identité nationale.
Phase 2 : je lance un débat sur l'identité nationale.
Phase 3 : je m'étonne que le débat porte sur l'immigration. Implacable.

Bon, telle une vierge farouche résistant aux avances libidineuses de bergers en rut, je m'étais promis de ne pas m'étendre, j'en reste donc là : la manoeuvre est grossière, le panneau béant, et ceux qui tombent dedans doivent bien le choisir un peu.

Je terminerai en mentionnant un article lu dans l'irremplaçable Monde Diplomatique qui évoquait les travaux d'Ernest Renan. Ce socio-philosophe du XIXème, qui naviguait avec un bonheur discutable au milieu des thèses racistes de l'époque, darwiniste mais ardent défenseur de la colonisation, chantre des races supérieures/inférieures (cruel portrait, à remettre en perspective avec l'époque, néanmoins), nous a légué l'idée suivante : la nation et la race sont deux notions concurrentes. La construction d'une nation passe donc nécessairement par la négation des races, par leur "dissipation" dans le creuset national. Appartenir à la nation, c'est "la possession en commun d’un riche legs de souvenirs" et surtout "le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis".

Wikipédia mentionne d'ailleurs un extrait évocateur de son "Qu'est-ce-qu'une nation ?"

La vérité est qu'il n'y a pas de race pure et que faire reposer la politique sur l'analyse ethnographique, c'est la faire porter sur une chimère. Les plus nobles pays, l'Angleterre, la France, l'Italie, sont ceux où le sang est le plus mêlé. L'Allemagne fait-elle à cet égard une exception ? Est-elle un pays germanique pur ? Quelle illusion ! Tout le Sud a été gaulois. Tout l'Est, à partir d'Elbe, est slave. Et les parties que l'on prétend réellement pures le sont-elles en effet ? Nous touchons ici à un des problèmes sur lesquels il importe le plus de se faire des idées claires et de prévenir les malentendus

Un texte dont l'écho nous revient par Hamé, rappeur de son état, auteur d'une superbe tribune dans les colonnes du Monde, et qui exprime mon point de vue avec une concision dont je suis bien incapable : Etre français, c'est avoir sa vie en France et rien de plus.

Fermez le ban.

mardi 1 décembre 2009

[Humeur] Dans (Meridor) ton cul

Attention, génie politique.

Dan Meridor est un chic type. Ce n'est pas pour rien qu'il est vice-premier ministre israélien et ministre chargé des services de renseignement et de l'énergie atomique. Un titre un peu long, mais n'en doutons pas mérité. Dan Meridor appartient au Likoud.

Interrogé sur les négociations israëlo-palestiniennes, il explique que celles-ci sont bloquées par les palestiniens qui refusent de faire la moindre concession. Pire, qu'ils refusent celles faites par Israël, en particulier celles faites par Ehud Olmert à l'époque où il était premier ministre. Le journaliste, un peu perplexe, signale alors à Dan qu'Olmert, je le cite, "s'est contenté de propositions verbales, qui ne figuraient sur aucun document". Réponse intégrale, parce que franchement, ça vaut :

Mais pourquoi Mahmoud Abbas n'a-t-il pas dit, verbalement, "Oui, j'accepte" ? C'est quand la réponse est favorable, que l'on peut ensuite traduire cet accord par écrit. Olmert avait tout accordé : un Etat palestinien, des frontières acceptables, des concessions sur Jérusalem et sur la question des réfugiés... Les Palestiniens ont attendu des décennies, ils ont combattu, pour se voir offrir de telles concessions, et Mahmoud Abbas n'a même pas répondu ! Or il n'y a pas de chances que nous revenions aujourd'hui sur ce que Olmert a offert à l'époque.

Après les élections, une nouvelle condition a été avancée par Abou Mazen (surnom de M. Abbas), celle d'un gel total de la colonisation, qui n'avait jamais été formulée auparavant. Au cours des six années qui se sont écoulées depuis la signature de la "feuille de route", en 2003, les constructions n'ont pas cessé, et cela n'a pas empêché Abou Mazen de négocier avec Olmert ! Peut-être les Palestiniens avancent-ils ces pré-conditions parce qu'ils ont peur de signer un accord...

Pas mal hein ? Attends, je résume.

1. Franchement, on est entre potes, on se fait confiance, pourquoi tout écrire ?

2. On vous offrait plein de trucs que vous vouliez, c'est con, parce que maintenant on vous les offre plus.

3. Vous continuiez à négocier alors qu'on ne respectait pas vos demandes. Pourquoi vous voudriez qu'on les respecte maintenant ?

4. J'en déduis que ça ne vous intéresse pas.

Dan Meridor. C'est un pseudo, ça, non ? Je suis sûr que c'est Frederic Lefebvre qui s'amuse.